Réponse du Comité central et permanent du comté de Montréal à l'adresse de l'Association des travailleurs de Londres, c. septembre 1837: Difference between revisions
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Les maîtres aborigènes des contrées sauvages de l'Amérique ne connaissaient ni seigneurs ni rois; ils choisissaient librement le plus méritant comme chef du conseil et chef de guerre. Lorsque, épris de liberté, les pèlerins d'Angleterre ont abordé pour la première fois les rivages désolés de la Nouvelle-Angleterre, ils apportaient de bonnes semences à une terre qui était déjà préparées à les recevoir et d'où elles se propageraient et fructifieraient. Et, bien que l'Europe ait entrepris de cantonner ses nations en différentes parties de ce sanctuaire, les corruptions venues dans leur sillage ont disparu sous l'intense lumière des principes reconnus, proclamés et appliqués par un groupe de sages et vertueux démocrates qui ont bravé et vaincu les difficultés de leur nouvelle colonie, non pour quelque motif lié à la richesse ou par soif de butin, mais pour établir sur des principes plus solides la science et l'économie du gouvernement. | Les maîtres aborigènes des contrées sauvages de l'Amérique ne connaissaient ni seigneurs ni rois; ils choisissaient librement le plus méritant comme chef du conseil et chef de guerre. Lorsque, épris de liberté, les pèlerins d'Angleterre ont abordé pour la première fois les rivages désolés de la Nouvelle-Angleterre, ils apportaient de bonnes semences à une terre qui était déjà préparées à les recevoir et d'où elles se propageraient et fructifieraient. Et, bien que l'Europe ait entrepris de cantonner ses nations en différentes parties de ce sanctuaire, les corruptions venues dans leur sillage ont disparu sous l'intense lumière des principes reconnus, proclamés et appliqués par un groupe de sages et vertueux démocrates qui ont bravé et vaincu les difficultés de leur nouvelle colonie, non pour quelque motif lié à la richesse ou par soif de butin, mais pour établir sur des principes plus solides la science et l'économie du gouvernement. | ||
Depuis longtemps liés à vous en tant que sujets d'un même souverain, ... | Depuis longtemps liés à vous en tant que sujets d'un même souverain, nous avons subi comme vous l'influence desséchante d'une aristocratie, qui, choyée dans l'hémisphère oriental, a été autorisée, par malheur pour nous, à gêner l'hémisphère occidental. Bien que nous ayons confiance que notre continent démocratique ne saurait rester longtemps assujetti à un principe aussi funeste et contraire à la nature, nous craignons comme vous que la vénération héréditaire envers certaines familles, la dangereuse accumulation d'immenses richesses dans les mains de quelques-uns et les pratiques corruptrices d'n gouvernement perverti par la distribution des faveurs n'aient tellement gâché les bénéfices que devrait vous rapporter la glorieuse charte de vos droits que, sans doute, il faudra des années avant que nous ne touchiez l'héritage de liberté de vos ancêtres et n'en jouissiez pleinement. L'accession d'une jeune reine au trône a créé une occasion propice au renouvellement des termes du contrat social et de votre contrat d'allégeance. Cohéritiers avec elle des institutions de votre pays - ce pays pour la défense duquel vous avez maintes fois versé votre sang -, vous avez, par le persévérant labeur de votre travail quotidien, porté ce pays au faîte de la richesse; et voilà que, au milieu de cette aveuglante splendeur, fruit de votre énergie indomptable, on vous vole par des lois inégales et injustes, voilà que l'on vous accable d'impôts, vous privant du nécessaire afin d'assurer l'abondance à une caste arrogante occupée à vous empêtrer dans ses rets, vous qui travaillez honnêtement et consciencieusement à créer et à maintenir son immense fortune, qui est tout à la fois sa quote-part et l'instrument de votre sujétion politique. Bien que certains de vos actes, accomplis dans la dignité que confère la conscience de sa propre force, aient été couronnés de succès, trop souvent avons-nous eu le chagrin de voir certains de vos plus valeureux amis laissés pour compte à vos élections récentes et une portion du peuple se comporter en spectateurs indifférents, en auxiliaires consentants ou en serviles mercenaires de l'une ou l'autre des factions aristocratiques qui se disputent le privilège de vous tenir sous leur joug, totalement indifférentes à vos intérêts, sauf dans la mesure où la réforme d'un abus tend à raffermir leur propre pouvoir. | ||
Revision as of 03:35, 11 September 2007
Frères, - Nous avons bien reçu l'Adresse de l'Association des travailleurs de Londres au peuple canadien. Elle a été lue à une séance de notre Comité central et permanent, au milieu de vives acclamations, et publiée dans nos journaux. Diffusée par tout le continent américain, elle prouve l'intrépide esprit démocratique qui a secoué le joug des barons infâmes et imposé des limites aux prérogatives de souverains despotiques anime encore une partie des citoyens de votre pays.
Votre nation s'est toujours enorgueillie de la démocratie qui lui a permis, au fil de longues et dures batailles, de conserver une liberté et un pouvoir politique supérieur à ceux de ses voisins d'Europe. Nous acceptons donc avec gratitude la sympathie d'une démocratie dotée de sentiments aussi élevés et justes sur la nature du gouvernement.
L'aristocratie nous est étrangère. Nous n'avons aucun principe en commun avec elle. Grâce à la facilité avec laquelle nos ancêtres ont pu obtenir des terres fertiles sur un immense territoire, grâce à nos lois contre l'accumulation des fortunes héréditaires, presque toute notre population tire sa subsistance du travail manuel ou intellectuel. Nous respectons les hommes pour leurs bonnes oeuvres; nous les méprisons pour leurs méfaits, peu importe les mérites de leurs pères. Nous honorons celui qui fait germer deux pousses de blé là où une seule croissait auparavant; celui qui va de l'avant et fait disparaître la forêt devant ses pas. Nous méprisons l'oisif qui végète sur la terre en se contentant de consommer ce que produisent des hommes meilleurs que lui. Les noms bien caractéristiques de vos divers métiers sont plus respectables à nos yeux que les titres pompeux, les privilèges oppressifs et les lois contre nature fondées sur l'hérédité, toutes choses qui ont été usurpées et accordées par les souverains et enregistrées au bureau des armoiries dans l'intention futile de créer deux ordres d'intelligence là où la nature n'en a fait qu'un.
Nous vivons dans un hémisphère dont le destin est de voir la démocratie s'exercer et croître en toute liberté, loin d'une aristocratie dont les racines profondes épuiseraient le sol. Les rares éléments exotiques de cette tribu qui ont été transplantés d'un autre monde se flétrissent et disparaissent de cette terre qui n'offre aucun aliment à leur ordre et sur laquelle les mots Égalité des droits ont été gravés en caractères éternels dès qu'elle a émergé du chaos.
Les maîtres aborigènes des contrées sauvages de l'Amérique ne connaissaient ni seigneurs ni rois; ils choisissaient librement le plus méritant comme chef du conseil et chef de guerre. Lorsque, épris de liberté, les pèlerins d'Angleterre ont abordé pour la première fois les rivages désolés de la Nouvelle-Angleterre, ils apportaient de bonnes semences à une terre qui était déjà préparées à les recevoir et d'où elles se propageraient et fructifieraient. Et, bien que l'Europe ait entrepris de cantonner ses nations en différentes parties de ce sanctuaire, les corruptions venues dans leur sillage ont disparu sous l'intense lumière des principes reconnus, proclamés et appliqués par un groupe de sages et vertueux démocrates qui ont bravé et vaincu les difficultés de leur nouvelle colonie, non pour quelque motif lié à la richesse ou par soif de butin, mais pour établir sur des principes plus solides la science et l'économie du gouvernement.
Depuis longtemps liés à vous en tant que sujets d'un même souverain, nous avons subi comme vous l'influence desséchante d'une aristocratie, qui, choyée dans l'hémisphère oriental, a été autorisée, par malheur pour nous, à gêner l'hémisphère occidental. Bien que nous ayons confiance que notre continent démocratique ne saurait rester longtemps assujetti à un principe aussi funeste et contraire à la nature, nous craignons comme vous que la vénération héréditaire envers certaines familles, la dangereuse accumulation d'immenses richesses dans les mains de quelques-uns et les pratiques corruptrices d'n gouvernement perverti par la distribution des faveurs n'aient tellement gâché les bénéfices que devrait vous rapporter la glorieuse charte de vos droits que, sans doute, il faudra des années avant que nous ne touchiez l'héritage de liberté de vos ancêtres et n'en jouissiez pleinement. L'accession d'une jeune reine au trône a créé une occasion propice au renouvellement des termes du contrat social et de votre contrat d'allégeance. Cohéritiers avec elle des institutions de votre pays - ce pays pour la défense duquel vous avez maintes fois versé votre sang -, vous avez, par le persévérant labeur de votre travail quotidien, porté ce pays au faîte de la richesse; et voilà que, au milieu de cette aveuglante splendeur, fruit de votre énergie indomptable, on vous vole par des lois inégales et injustes, voilà que l'on vous accable d'impôts, vous privant du nécessaire afin d'assurer l'abondance à une caste arrogante occupée à vous empêtrer dans ses rets, vous qui travaillez honnêtement et consciencieusement à créer et à maintenir son immense fortune, qui est tout à la fois sa quote-part et l'instrument de votre sujétion politique. Bien que certains de vos actes, accomplis dans la dignité que confère la conscience de sa propre force, aient été couronnés de succès, trop souvent avons-nous eu le chagrin de voir certains de vos plus valeureux amis laissés pour compte à vos élections récentes et une portion du peuple se comporter en spectateurs indifférents, en auxiliaires consentants ou en serviles mercenaires de l'une ou l'autre des factions aristocratiques qui se disputent le privilège de vous tenir sous leur joug, totalement indifférentes à vos intérêts, sauf dans la mesure où la réforme d'un abus tend à raffermir leur propre pouvoir.